"Jazz sous le cèdre" dans l'ombre de Django... à Montoire
"Swing Guitars" et "Strings Jazz before midnight".
Ce concert est organisé par 'Carnaval & Compagnie' en collaboration avec la Mairie de Montoire, dans le cadre de l'Été Culturel en Vendômois et en Val de Loir.
Pour le trio "Le Petit Orchestre Swing De France" c'est un double honneur de jouer dans cette capitale du folklore international, et d'être les invités de 'Carnaval & Cie', la Municipalité et de Jean-Pierre Bechtold, adjoint à la Culture et co-fondateurs du festival "Django Reinhardt" de Samois-sur-Seine.
Le temps est clément et l'environnement qui nous accueille rappelle la douceur du Pays de Ronsard, une caractéristique des prieurés du Vendômois et de Touraine.
C'est dans cet endroit paisible dans l'arrière-cour de la Mairie, à l'ombre du grand cèdre bicentenaire, que le public prend place.
La petite scène fleurie est adossée au Manoir, face au grand cèdre majestueux sous lequel Philippe Penin, sonorisateur du POSDF, a installé un gigantesque parasol noir et son matériel. Ce parapluie géant lui donne des airs de "gardien de boutons"... Il est fin prêt ; la balance est bien faite... Le trio est sur son '41', département d'accueil oblige !
Ce soir ça va être Byzance !
"Retour de la grande époque du Jazz" "Hommage aux belles oeuvres du passé" au Pays de Ronsard.
Le décor est planté. Il est 21h, le responsable du comité organisateur prend alors le micro pour présenter cette soirée intitulée "Jazz sous le cèdre". Quelques mots viennent remercier l'ensemble des acteurs locaux, intervenants et bénévoles. Une présentation émue et succinte du trio qui va nous distiller un swing de référence sur des thèmes connus des années 30/50 à nos jours.
Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette soirée du 8 juillet 2006 un évènement local exceptionnel. Telle que nous l'imaginions, la soirée annoncée a tenu ses promesses et le talent du "Petit Orchestre Swing de France" en fut largement récompensé.
Sous le grand cèdre l'ambiance est hyper conviviale, paisible...
À l'ombre du Manoir et de ce cèdre géant, on se sent comme chez soi, en famille ou entre amis, proche de la soirée privée...
Costume gris anthracite et chemise de ville, instruments en main, le trio monte sur scène et prend ses marques. Les musiciens sont attendus et copieusement accueillis. Après une salve d'applaudissement en cadeau, Laurent Zeller, toujours très volubile, prend le micro et humanise d'entrée de jeu ce concert estival, avec humour et commisération. Petite présentation, clins d'oeil, boutades,... sourire ravageur. C'est digne de la Comédia Dell'Arte et ça permet de conquérir les cœurs. D'aucun(e)s connaissent ; ça plaît toujours. C'est sa spécialité à Laurent, et sous ses airs 'bon enfant' il le fait très très bien. C'est le Sonny Reinhardt du Petit Orchestre...
Chaque anecdote ou private-joke est pour lui une occasion de présenter la chanson à venir et de planter le décor. Il commence dans le style 'petite contine d'un soir': "Nous sommes enchantés, (...) Montoire, vous êtes un public merveilleux..... (...) la vie est là avec ce cèdre qui nous prend par le bras.... et d'être accueillis ainsi, dans ce cadre luxuriant et magique, pour nous, 'C'est Magnifique !' " .
Une entrée en matière "classieuse", qui déclenche un rire collégial et introduit ce premier thème de Cole Porter [1953]: "C'est Magnifique !". Un gros swing et un beau son.
D'amblée et d'entrée de jeu, le public (de connaisseurs pour partie et amateurs de jazz) est sous le choc ; il est à la fois captivé et conquis. "Ça envoie l'bois !" comme on dit dans le jargon, "ça décoiffe !". Certes, ils sont en forme les garçons.
Et c'est parti pour presque deux heures de spectacle...
Histoire de rire, dans le même esprit et avec le même humour, suivra : "(...) Cette musique, ce swing que nous avons dans la peau, notre seule joie, notre seul bonheur..." introduit le second thème, "Mon Homme". Le public averti fredonne cet air qu'il a aussi dans la peau... Puis c'est un clin d'oeil au décor et à l'arrière scène pour nous livrer un "Manoir de mes Rêves" façon 'LPOSDF',... puis un standard "Cheek to Cheek", et encore feu le beau Serge avec "La Javanaise", "C'est si bon", "J'attendrai", un titre cher à Tchavolo Schmitt, "La Complainte de la Butte", "C'est si bon", "Symphonie", etc...
Le public montoirien est à la noce ; il fredonne et chantonne sur ces standards hyper connus. Certains jeunes connaissent ces airs. Tout comme P.Bruel avec "Mes Amants de St Jean", ils vont croire que c'est de leur composition... Les genoux et les pieds s'agitent rapidement...
Les transitions entre les différents thèmes sont parfaites. Les rythmes successifs sont appropriés, ce qui permet au public d'être toujours en phase et attentif.
Les trente doigts agiles et véloces du trio nous livrent un swing coloré, cossu et dynamique. La "patte" et le choix judicieux des guitares 'Archtop' introduisent une dimension insolite et une certaine nostalgie selon les titres.
Alain Wilsch, soliste, est une 'pointure' de la guitare de jazz dont la renommée n'est plus à faire. Il sculpte les thèmes avec une fluidité mélodique excessivement expressive et des choruses élégants à la Jimmy Raney et Joe Pass. Alain a longtemps joué dans la cour des grands... Il est toujours à la recherche d'expression permanente avec beaucoup d'harmonique et à l'affût d'une citation entre deux phrases... Son jeu typé, ses errances créatives et sa façon de choruser racontent presque toujours un 'conte musical'. Ses soli sont intenses et généreux. Il joue d'une bien belle manière, très spontanée, sans jamais céder à la facilité. Laurent l'a ponctué, Alain est un garçon aux grandes qualité de coeur et ça transpire dans son jeu.
Le jeu de notre 'petit orchestre swing' est souple et aéré, et à aucun moment on ne se 'grimpe' dessus ; ici chacun a de la place pour s'exprimer... et sans jamais s'imposer.
Et puis d'abord c'est écrit sur le conducteur... ;-) (voir vignettes en marge)
Gilles Parodi, pilier de la rythmique, nous façonne une pulsation ternaire ébouriffante mais exigeante, à la fois souple et légère, comme une succession de petites pièces vibrantes, à cheval entre choruses et bass'rythmic. Avec sa 'pompe' bien marquée, structurée et portraitisée selon les thèmes, Gilles nous livre un quasi-récital des fois proche de l'improvisation ou de l'invention mélodique. Il fait ici un boulot énorme indissociable de celui d'Alain. Que de jolies notes qui swinguent, des nappes guitares-violon qui s'envolent des manches comme pour aller saluer Django et Stéphane sur leurs 'Nuages'... C'est splendide !!!
"Et le violoniste alors ?" me direz-vous
Je vous le réservez pour la suite car si c'est lui qui a 'le plus petit instrument' des trois ce n'est pas sur lui qu'il y a le moins à dire...
'Laurent "Lolo" Zeller' c'est l'agitateur du groupe, le poète-violoniste au nez rouge, l'Auguste à 4 cordes... Toujours dans ses songes et pensées, le sourire permanent au coin des lèvres, dandelinant des épaules, Laurent Zeller entretient l'effet de surprise par ses interventions jubilatoires et ses blagues croustillantes mais aussi par son phrasé lyrique et mélodique. On le guette comme s'il était imprévisible, tel un 'Jack' in a box... Et je vais oser... 'Jack' Zeller (private-joke).
C'est la troisième pièce maîtresse du trio. Avec son archet il esquisse de longues lignes de chant toutes plus superbes de clarté les unes que les autres. C'est avec un phrasé swing délicat qu'il rend lui aussi hommage au célèbrissime duo du jazz-swing -Django Reinhardt et Stéphane Grappelli-, entre autres lorsqu'il s'exprime sur des thèmes comme "Manoir de mes Rêves" et "Nuages" de Django ou bien "La Complainte de la Butte" de Cora Vaucaire et Jean Renoir... Je vous fais grace des présentations de LoloZ.
Puis viennent Prévert et Cosma avec "Les Feuilles Mortes", et c'est à la fin de ce morceau, sur un coup d'oeil discret d'Alain qui conclut en harmonique, que notre puriste part dans une version détonante et survitaminée du "Temps des Fleurs". Tout y est, riffs et ornements ciselés avec un bel arrangement ...et en prime, un beau son tzigane.
La mayonnaise a bel et bien pris !
C'est l'euphorie totale ; une partie du public est debout et scande en tapant des mains.
Sûr qu'on n'oubliera pas cette version inattendue du "Temps des Fleurs". Ils sont chauds, ils ont le son, ils enchainent illico avec une version explosive de "la Csardas de Monti"... et tout ça, comme ci de rien n'était ! Et pourtant lorsqu'on regarde le conducteur (voir en marge), c'est monté de toutes pièces et bien ficelé...
Alors là, je dis "Chapeau bas, Messieurs du POSDF", c'est finement joué aux deux sens du terme !
Le public le leur rend bien et ils arrachent des salves d'applaudissements mérités. À ce sujet c'est Gilles qui détient le record pour un chorus sur ce thème.
C'est le bouquet final qui sert de rappel (comme dit LoloZ "on a tout prévu pour le rappel, on savait en venant ici que vous en redemanderiez!")
C'est dingue ce que l'on peut faire quand on est trois !
Le leitmotiv du trio : privilégier la modernité au ringard tout en restant dans l'esprit du swing de l'époque... Et là ce sont les années de jeu et le partage musical qui parlent d'eux- mêmes.
On sent bien que la fraternité, la complicité et la spontanéité sont pour beaucoup dans la qualité de ce trio. D'ailleurs, lorsque Laurent présente le groupe et parle de ses 'confrères' de route, il se dégage une fraternité pas banale. On le remarque vivement et c'est tant mieux !... Il faut dire que chez 'Le Petit Orchestre Swing de France' on sait faire passer l'émotion...
Ce qui est particulièrement agréable pour un amateur de jazz swing, c'est d'entendre ces chansons splendides revisitées, avec en prime des arrangements et de belles improvisations toutes en finesse. Dès les premiers accords on reconnait le thème, puis ça part dans des chorus somptueux, à tel point qu'on en oublie totalement la chanson. Ensuite le thème revient, et là c'est jubilatoire. Les mélodies sont parfaitement exploitées, et le trio nous démontre que le jazz à une force exceptionnelle, qu'il peut s'adapter à tout. On le sait déjà grâce à quelques succès tels que "Les Feuilles Mortes", repris des milliers de fois par les plus grands jazzmen du monde.
Le public est conquis et comblé. Il en redemande déjà et se renseigne sur les prochaines dates et sur la sortie d'un éventuel CD...
Ce concert d'Été 2006, au Pays du Poète s'est révélé excellentissime et pêchu avec un public attentif, chaleureux et comblé.
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